Spécial Independance Day

Cinq merveilles cachées des États-Unis

Raconté pour vous par Cécile, le 29 juin 2021 - temps de lecture : 3 mn

Quand ? d'environ 13 000 ans avant le présent à 1600 de notre ère - Où ? aux États-Unis

Non, Independance Day n’est pas qu’un film à gros budget qui a mal vieilli ! Pour ceux qui l’ignoreraient donc, c’est avant tout le nom de la fête nationale américaine, le 04 juillet. Le jour commémore la déclaration d’indépendance des tous jeunes États-Unis d’Amérique (13 états de la côte est) vis-à-vis de la couronne britannique, signée le 04 juillet 1776.

Cette fête est essentiellement celle de la population européenne des États-Unis. Pour ne pas oublier que cette grande nation s’est construite en prenant possession de territoires déjà habités, voici un petit panorama de 5 sites archéologiques emblématiques de la richesse et de la diversité des cultures amérindiennes anciennes .

1. Clovis et les premiers peuplements de l'Amérique du Nord

Ensemble de pointes caractéristiques de la culture Clovis. Site archéologique de Rummells-Mask, Iowa - Billwhittaker / CC BY-SA

Mais non, rien à voir avec le roi mérovingien, évidemment !

Clovis est le nom d’une ville du Nouveau-Mexique où ont été en évidence, dans les années 1920, des outils préhistoriques très particuliers, datés d’il y a environ 13 000 ans.

Comme on le fait en Préhistoire, le site a ensuite donné son nom à une culture, longtemps présentée comme la plus ancienne de tout le continent américain.

Répartition de la culture Clovis aux États-Unis. Zones orange à jaune clair : zones de très forte - forte et faible densité d'occupation par les populations clovis. Le site de Clovis lui-même est au point n°11. dans M.R.Waters et al. 2020, Science Advances 6

La culture Clovis s’étend sur une bonne partie des États-Unis, mais pas tout à fait partout. D’autres groupes d’Hommes ont atteint l’Amérique du Nord, depuis le détroit de Béring alors gelé.

La recherche en Préhistoire étant assez récente aux États-Unis, on découvre sans cesse de nouveaux sites et de nouvelles cultures.

Ces travaux très dynamiques permettent de comprendre toujours plus finement par , comment et quand les hommes modernes ont pénétré en Amérique du Nord puis se sont répandus, en plusieurs vagues, sur tout le continent.

De récentes découvertes montrent notamment que les premiers peuplements de l’Amérique du nord sont en fait plus anciens que la culture Clovis.

Pour le moment, la date retenue est d’environ 15 000 ans, mais la recherche suit son cours !

Illustration : localisation des sites archéologiques antérieurs à la culture Clovis. Les datations sur la carte sont exprimées en ka (kilo-années) : 15.5 ka signifie donc 15 500 ans. Dans M.R. Waters 2019 : Late Pleistocene exploration and settlement of the Americas by modern humans, Science 12 Jul 2019: Vol. 365.

2. Poverty Point (Louisiane) et les Mound Builders

Évocation du site de Poverty Point, le long de la rive du bayou Marçon - Herb Roe / CC BY-SA

Voici un site archéologique auquel personne ne s’attend, pour la bonne raison que ça ne ressemble à rien de connu du grand public !

Ce site majestueux en forme d’éventail est un complexe monumental comprenant 6 talus concentriques en arc de cercles, cinq tertres entre 7,5 et 21 m de haut, une esplanade centrale et les vestiges de voies.

Cet étrange ensemble a été édifié et utilisé entre 1450 et 700 av. J.-C., par une culture dont ont sait encore peu de choses : celle des premiers Mound Builders (« constructeurs de tertres »).

Plan du site. Les 5 tertres ("mounds") périphériques se voient mieux sur ce plan - Maximilian Dörrbecker / CC BY-SA

De l’abondant mobilier archéologique mis au jour sur le site, on comprend que Poverty Point servait de point de ralliement et de grande place de commerce aux sociétés de chasseurs-cueilleurs-agriculteurs qui vivaient le long du Mississippi et dans les bayous affluents.

Ensemble de petit mobilier décoré mis au jour à Poverty Point : dés, perles, jetons, godets ... Il est difficile de savoir à quoi ils servaient tous - Heironymous Rowe / CC BY-SA

En effet, les constructeurs, qui font plus largement partie de ce qu’on appelle la culture mississippienne, n’étaient pas complètement sédentaires. Ils évoluaient dans les environnements mouvants des bras d’eau et des marais de la plaine d’inondation du Mississippi, tout en entretenant des réseaux commerciaux denses à très longue distance vers le nord.

Vue aérienne de Poverty Point - Susan Guice 2012 pour l'Unesco

Les grands centres comme Poverty Point étaient des lieux de rassemblement majeurs, à la fois lieux d’échanges et lieux sacrés.

Au sommet de certains tertres, des bâtiments de terre et bois étaient en effet édifiés et sont compris comme des temples. Certains ont également abrité des sépultures.

Cela vous évoque les temples mayas ? Attention aux anachronismes : les Mound Builders de Poverty Point n’ont rien à voir avec les civilisations mésoaméricaines et ont vécu 1 000 ans avant les Mayas !

Évocation de l'agglomération de Cahokia (Illinois) vers l'an 1 000. Les grandes esplanades et les tertres occupent le centre d'un espace à l'occupation très dilatée - Herb Roe /CC BY-SA

Leur culture s’est développée dans les siècles suivants, toujours dans la même région du moyen Mississippi, conservant comme marqueur fort l’édification de tertres de plus en plus hauts, plus clairement identifiés comme des temples et des palais.

Les magnifiques constructions du site de Cahokia (Illinois) en sont un bon exemple. Il s’agissait d’une ville de plus de 20 000 habitants, organisée autour d’un centre cérémoniel monumental. Elle connut son apogée vers l’an 1 000.

3. Le White Shaman (Texas), Parowan Gap (Utah) et l’art rupestre américain

Qui sait que les Amérindiens étaient de grands artistes peintres et graveurs ? De la Préhistoire au début du XXe s., de nombreuses cultures du grand ouest américain (et vers le nord jusqu’en Alaska !) ont laissé des peintures et gravures rupestres spectaculaires, disséminées par petits groupes sur les parois des canyons et les abris sous roches de ces grandes régions désertiques.

Détail du chamane blanc - Carolyn Boyd, dans Boyd 2016, The White Shaman MuralAn Enduring Creation Narrative in the Rock Art of the Lower Pecos.

Au Texas, l’abri sous roche du White Shaman (le « chamane blanc ») offre un très bel exemple des types de représentations peintes.

Entre 2500 av. J.-C. et 500 de notre ère, les populations qui s’abritaient dans les canyons de la basse vallée de la rivière Pecos ont orné la paroi d’un abri sous roche d’une grande fresque mettant en scène des silhouettes humaines de différentes tailles, des animaux, des objets et des symboles.

L’ensemble représenterait la naissance du monde, telle que la décrivent les mythes mésoaméricains, qui ont des liens de parenté étroits avec ceux des populations des cultures Pecos.

La naissance du monde, vue générale (dessin) de la fresque du White Shaman - Jerod Roberts & Carolyn Boyd, dans E.A. Powell 2017, Archaeology
Parowan Gap, l'entrée du défilé. Panneau de présentation sur le site - ArchéOdyssée / photo Alva Matheson

Des centaines de kilomètres plus au nord, Parowan Gap (Utah) est d’abord un site géologique exceptionnel : c’est une vallée circulaire, cachée au centre d’un massif de collines aux parois escarpées, qui se dresse dans une plaine désertique.

Un étroit défilé naturel permet de pénétrer dans la vallée, lieu isolé propice au recueillement.

crédit photo : ArchéOdyssée

Des séries de gravures énigmatiques ornent les blocs de part et d’autre de l’ouverture de la vallée.

Ces œuvres mystérieuses et non datées ont été réalisées sur plusieurs centaines d’années, par plusieurs cultures successives.

Les sujets représentés (animaux, humains, symboles) semblent mythologiques.

L’endroit est en tout cas considéré encore comme un lieu sacré par les Southern Paiute, installés dans la région depuis plusieurs siècles.

Photos : ArchéOdyssée

4. Chaco Canyon et les cultures pueblos

Encore des vestiges qui en envoient plein les mirettes ! Découvrons Pueblo Bonito (« le beau village », tout un programme), un site qui ne vole pas son nom. Il s’agit de l’un des nombreux villages et hameaux qui parsèment le grand secteur de Chaco Canyon, au Nouveau Mexique.

Vue de Pueblo Bonito depuis les falaises - James Q. Jacobs / CC BY-SA

Les habitants étaient des Anasazis (ou Ancestral Puebloans), qui occupèrent cette région désertique entre 900 et 1150 environ.

Plan du village - plusieurs phases d'agrandissement du demi-cercle initial se devinent - National Park Service / Public domain

Le site de Pueblo Bonito est remarquable par son organisation en demi-lune à l’intérieur d’un mur d’enceinte et son architecture de pierre et d’adobe encore parfaitement conservée malgré les siècles.

Construit vers l’an 1000, il se développa et connut son apogée vers 1120, et devait accueillir à l’époque environ 1000 habitants.

Une kiva de Pueblo Bonito - Martin Gray, pour l'Unesco

Parmi les quelques 700 pièces rectangulaires formant un dédale d’appartements imbriqués, on distingue de grandes constructions rondes semi-enterrées.

Ce sont des kivas, des chambres communautaires, servant à la fois de lieux de réunion et de cérémonies. Chacune était utilisée par un groupe social distinct, un peu comme des corporations ou des collèges.

Évocation du village de Pueblo Bonito vers 1100. L'arbre unique a vraiment existé - artiste inconnu, sur le blog de J. Q. Jacob, The Chaco Meridian

Ce site est emblématique des modes de vie des cultures dites Pueblos, qui s’étendaient sur une large région couvrant les 4 états voisins du Nevada, de l’Arizona, du Nouveau-Mexique et du Colorado.

Ces populations d’agriculteurs possédaient une science de l’irrigation incroyable et des connaissances extrêmement fine en agronomie en milieu désertique.

Gravures rupestres du site d'Una Vida, dans le parc de Chaco Canyon - National Park Service / Public domain

Ils faisaient partie des artistes peintres et graveurs et maîtrisaient à merveille l’art de tailler les turquoises, abondantes dans la région.

5. Emeryville Shellmound (Californie, baie de San Francisco)

Ce site incroyable était une colline artificielle de 18 m de haut et de 110 m de diamètre, en grande partie formée d’une accumulation de coquilles marines, résultant à la fois de la consommation courante des habitants du village adjacent et peut-être d’offrandes.

Vue de ce qu'il restait du tertre d'Emeryville en 1902. Au premier plan : la baie de San Francisco. Au sommet : le dance pavilion, la salle de bal du parc récréatif aménagé dans les vestiges - University of California / Public Domain

Installé sur le rivage de la baie de San Francisco, la colline était en effet un tertre funéraire collectif d’une ampleur exceptionnelle, entouré d’autres tumulus plus petits. L’ensemble formait un immense lieu de vie et un lieu sacré, occupé de 800 av. J.-C. à 1600 de notre ère, et visible depuis des kilomètres alentours.

L’histoire de ce gisement archéologique est très triste, car il a été entièrement détruit. Dans les années 1870, le tumulus était été aménagée en une sorte de parc d’attraction, et son sommet aplani pour y dresser le kiosque d’une guinguette, utilisée jusqu’en 1920.

Le quart restant du tumulus en 1924, abattu pour la construction d'une usine de peinture - crédit : Courtesy of the Bankroft Library - University of California, Berkeley online archives of California.

Exploré en 1902 puis dans les années 1920, il s’est avéré qu’il s’agissait de la nécropole principale du peuple amérindien des Ohlone, dont les descendants occupent encore cette partie de la baie de San Francisco.

La destruction du tertre à l'aide d'engins mécaniques en 1924, pour la construction d'une usine de peinture - crédit photo : Courtesy Phoebe A. Hearst Museum of Anthropology, University of California, Berkeley

Des centaines d’artefacts et des centaines de corps ont été exhumés et jetés à l’occasion du réaménagement du tertre à la fin du XIXe s, ainsi qu'en 1924, quand l’endroit a été revendu pour la construction d’un petit complexe industriel.

Le monument commémoratif de la présence de l'Emeryville shellmound, devant le centre commercial - Smerdis / CC BY-SA

Entre 1997 et 2002, après de dernières fouilles archéologiques, ce qu’il restait du site a finalement été complètement dérasé pour faire place … à un grand centre commercial.

Seul un petit tumulus commémoratif, installé devant l’une des entrées du Bay Street Shop Center, rappelle bien modestement le gigantesque ouvrage ohlone qui se trouvait là.

A l'année prochaine pour une prochaine sélection de sites archéologiques américains, il n'en manque pas !

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