Le poids des armes

Raconté pour vous par Cécile, le 05 juillet 2020 - temps de lecture : 6 mn

Une restitution de la charge de Marathon (490 av. J.-C.)

Une description historique à l’épreuve des faits

En 1973 et 1974, deux professeurs de l’université de Pennsylvanie décidèrent de comprendre, par une expérimentation, si la description que donne l’historien grec Hérodote de la charge héroïque que menèrent les Grecs contre les Perses, lors de la bataille de Marathon, était réaliste.

Il leur semblait en effet très suspect que l’armée grecque, après avoir effectué une course d’1,5 km, lourdement armés et en plein soleil, ait pu vaincre dans un combat au corps-à-corps d’au moins 1 h.

Combat entre deux hoplites, vers 530 av. J.-C. Décor d’une amphore attique à figure noire.Crédits : MET museum – domaine public.

Pour cela, 20 jeunes athlètes de 22 ans ont effectué des courses en plein champ et sur des tapis roulants en laboratoire, pour mesurer l’énergie nécessaire à l’épreuve décrite par le texte.

Pour simuler le lourd équipement des hoplites, les fantassins de l’armée du Ve s. av. J.-C., ils portaient entre 10,5 kg et 13,6 kg de charge... dont un très encombrant bouclier rond de presque 1 m de diamètre et 4,1 kg, fixé au bras gauche.

La bataille de Marathon : mais c'est quoi, déjà ?

En 490 av. J.-C., Athènes et ses alliés étaient en guerre contre les Perses (ce qui deviendra une habitude pendant 180 ans). Le 13 septembre, à Marathon, raconte Hérodote, l’armée grecque aurait déferlé du haut des collines sur les troupes du roi Darius en chargeant sur 8 stades (environ 1,5 km). Ce qui est sûr, c’est qu’ils ont fondu sur les Perses et leur ont infligé une belle raclée, qui les décida à rembarquer illlico presto sur leurs navires et à rentrer chez eux réfléchir à une nouvelle guerre.

C’est pour annoncer cette belle victoire que le fameux soldat de Marathon fut envoyé à Athènes en courant, avant de mourir à l’arrivée. Il avait eu le temps de délivrer son message, mais, comme personne n’avait pensé à lui donner à boire et à lui verser de l’eau sur la tête, il mourut bêtement de déshydratation et d’insolation.

Une charge de la phalange grecque. Notez que certains soldats sont très dénudés… ce qui n’était plus le cas au Ve s. av. J.-C. : la cuirasse se prolongeait à cette époque sur les cuisses des par des franges de cuir et de tissu et des écailles métalliques.Dessin P. Connolly 1981, p. 26, d’après un vase proto-corinthien peint vers 630 av. J.-C. (Rome, Museo Nazionale di Villa Giulia)

Une course à handicap

Donc, 2463 ans plus tard, les athlètes sélectionnés pour la restitution de la course avaient deux consignes, respectant les conditions de la charge de Marathon :

1) courir en tenant le bouclier levé devant la poitrine en position de défense ;

2) respecter une formation en phalange, c'est-à-dire en lignes serrées.

Les résultats ont été éloquents : aucun athlète n’a pu conserver le bouclier relevé plus de 68 m, la phalange n’a tenu au maximum que 275 m, et un seul homme, un coureur de fond, a pu terminer la course.

Sur tapis roulant, 8 cobayes sur 10 ont réussi à venir à bout de la distance, mais uniquement en changeant régulièrement la position de leur bouclier (sur la poitrine, sur l’épaule, dans le dos). La mesure de la fréquence cardiaque et de la charge énergétique dépensée a montré que la course a mobilisé chez eux 90 à 95 % de leur capacité d’effort maximale. Le seul fait de devoir porter le bouclier augmentait de 28 % l’énergie nécessaire à l’épreuve.

Avec de pareilles recrues, il aurait été complètement impossible d’assurer un combat efficace après une telle course.

Le + ArchéOdyssée

Hérodote racontait des carabistouilles

Quelle aurait pu être la situation avec les recrues de l’armée grecque ? Celle-ci ne comprenait pas que de grands jeunes gens en pleine santé. Pour les auteurs de l’étude, il paraît impossible que les hoplites aient pu engager un combat rapproché en pleine possession de leurs moyens après une course de plus d’1 km. Sans remettre en cause toute la description d’Hérodote, ils pensent que la charge n’a pas pu s’effectuer sur plus d’1 stade (et non 8), soit 183 m.

Emporté par l’enthousiasme, et certain aussi que personne ne viendrait le contester, vu qu’il écrivait 45 ans après les faits, Hérodote a donc largement exagéré les capacités des hoplites grecs.

Une stratégie militaire plus vraisemblable

La réinterprétation du texte d’Hérodote correspond en fait bien mieux à la stratégie militaire de l’époque : on s’avançait au plus près de l’ennemi, puis on chargeait en courant sur une courte distance pour donner du poids au choc frontal et passer le plus vite possible sous les tirs de javelots et de flèches (dont la portée pour l’époque était d’environ 175 m).

Il était toutefois important pour Hérodote de valoriser le courage de la phalange qui a chargé les Perses de face. En effet, cette dernière a été décimée, ce qui permit au reste de l’armée d’encercler et de déborder les Perses par les flancs, pendant qu’ils se concentraient sur la première attaque. Une tactique payante, qui méritait bien une envolée lyrique en hommage aux soldats morts au combat.

Un hoplite en situation de combat rapproché, reconstitué par l’association grecque Koryvantes.Crédits photographiques : Koryvantes - publié avec leur aimable autorisation - albums en ligne.

Se mettre à la place des autres

L’étude menée par Donlan et Thompson a fait faire un bond en avant à l’archéologie expérimentale. En essayant de se mettre à la place des soldats de l’époque, les expérimentateurs ont posé la question de la condition physique des soldats, de leurs types d’entraînement, ainsi que des aspects techniques de la guerre.

Ils ont ouvert la voie à toutes les équipes de scientifiques et d’amateurs passionnés qui s’intéressent aux systèmes de combat anciens (voir notre article sur les tests d’épées de l’âge du Bronze).

Ils ont notamment bien montré la place ambivalente du bouclier dans l’équipement : à la fois protection indispensable et énorme fardeau, l’objet est impossible à manipuler rapidement et demande une forte musculature. Son usage, comme celui de la longue lance que portaient aussi les hoplites, prend en fait son sens dans la phalange, formation pour laquelle l’équipement était conçu.

Le bouclier : un vrai boulet ou un important symbole ?


Le bouclier d’hoplite du début du Ve s. av. J.-C. est tout sauf ergonomique, c’est une horreur à porter.

En bois recouvert d’une tôle de bronze, il est encombrant (environ 1m de diamètre), il est lourd (7 kg estimés) et il déséquilibre son porteur vers la gauche. Mais c’est précisément pour ces caractéristiques qu’il est apprécié !


Le bouclier spartiate du musée de l’Agora (Portique d’Attale, Athènes), façonné vers 510 av. J.-C. Crédits photographiques : Giovanni Dall’Orto, Source Wikicommon, G.dallorto attribution

Car ce bouclier, c’est un peu pour les Grecs l’incarnation de la virilité martiale et de l’efficacité de leur tactique guerrière. Parce qu’il est gros et lourd, il représente la force physique. Parce qu’il représente la phalange, il est aussi le symbole de la puissance du collectif et de la cohésion civique. Sa large surface permettait aussi de mettre en valeur les emblèmes des cités et les blasons leurs propriétaires. Bref : on crânait avec.

Il est si important qu’à partir de 520 av. J.-C., les Jeux d’Olympie ont compté une course en armure d’hoplite, sur 2 stades (presque 400 m). Les représentations iconographiques montrent que les participants couraient avec un casque, des jambières et un bouclier. Plus tard, l’épreuve a été modifiée et les concurrents ne portaient plus que le bouclier et le casque.


Un hoplitodromos (course en armes), représenté sur une amphore panathénaïque du IVe s. av. J.-C. Ces amphores décorées étaient les prix des vainqueurs des Jeux Panathénaïques. Crédits : Musée du Louvre. Notice détaillée sur le site du Musée. Image Wikicommons.

En effet, en portant l’équipement complet, les athlètes devaient se ménager pendant la course en adoptant un rythme qui portait peu à l’émulation ; faute de quoi, s’ils s’étaient donnés à fond, ils devaient arriver épuisés et n’étaient donc plus très performants pour la suite du concours. Dans les deux cas, du point de vue marketing, ce n’était pas bon du tout pour l’image de virilité martiale que les Jeux incarnaient. En fait, l’abandon du port des jambières, de l’épée et de la lance montre bien que c’est vraiment le port du bouclier qui faisait l’intérêt de cette épreuve de demi-fond et de force.

Paraître viril, c’est bien, gagner des guerres, c’est mieux. Par deux fois au cours du IVe s., l’équipement des hoplites a été modifié et la taille du bouclier a été réduite. Son poids a donc été allégé pour le rendre plus maniable dans les phases de combat rapproché. Corollaire intéressant : il y avait beaucoup plus de morts dans les armées grecques, mais les victoires étaient aussi plus nombreuses. Entre blindage et mobilité, il faut savoir ce qu’on veut !

Athlète américain vs hoplite grec

En dépit de l’originalité du travail de Donlan et Thompson, nous avons trouvé intéressant de pointer des approximations dans sa méthodologie que des équipes de recherche en archéologie expérimentale ne feraient plus de nos jours.

Premièrement, il aurait fallu que les cobayes aient porté des reproductions exactes de l’équipement des hoplites, ce qui aurait été le cas dans une expérimentation actuelle. Ils auraient alors porté entre 20 et 30 kg sur eux, selon le matériau utilisé pour les différentes pièces. La panoplie complète comprenait en effet, outre le fameux bouclier, une épée, une lance, un casque et des jambières en bronze, ainsi qu’une cuirasse. Cette dernière était entièrement en bronze, ou bien en tissu et cuir renforcés de pièces métalliques. En fonction de leurs ressources financières, tous les soldats ne portaient pas des pièces de la même qualité … et pas toutes aussi lourdes.

L’estimation haute de la masse de l’équipement complet est de 32 kg. Plutôt que des étudiants en sport, il aurait mieux fallu recruter des soldats professionnels pour faire le test !

L’équipement moyen d’un hoplite (sans la lance), reconstitué par l’association grecque Koryvantes.Crédits photographiques : Koryvantes - publié avec leur aimable autorisation - albums en ligne.

La seconde approximation tient justement à la sélection des jeunes gens ayant servi à tester la course avec le bouclier. Si les fantassins grecs composaient une foule à la santé variable et comprenant de grands écarts d’âge, ils partageaient tous un point commun : leur endurance. Compte tenu des activités physiques que les hommes pratiquaient pour la plupart dans leur métier (agriculteurs, bergers et artisans en particulier) ou, pour les plus riches, comme passe-temps, il était évident que leurs qualités en termes de musculature et de résistance à l’effort tenaient davantage de celles du coureur de fond que de celles du bodybuilder.

Ironiquement, sur les 20 cobayes recrutés pour restituer l’effort de la charge de Marathon, il n’y avait qu’un seul marathonien… le seul à avoir terminé la course en armes et à qui il restait un peu d’énergie à l’arrivée. Aussi grands et musclés aient-ils été, les basketteurs et footballeurs américains n’avaient évidemment pas l’entraînement adéquat en endurance musculaire ou respiratoire.

Une carrure proche de celle des soldats grecs ? Le double champion olympique (1976-1980) de marathon Waldemar Cierpinski : 1,70 m et 58 kg de muscles noueux.Crédits : Bundesarchiv, Bild 183-R0731-0135 ; photo Friedrich Gahlbeck. Source Wikicommons.

Enfin, il était contestable de choisir des gabarits typiques des jeunes américains des années 1970. Leurs moyennes de poids et de taille étaient 74,7 kg pour 1,80 m. Les proportions des Grecs du Ve s. av. J.-C. étaient évidemment très différentes de celles d’athlètes du XXe S., comme les auteurs eux-mêmes le reconnaissent. L’étude ostéologique des quelques 1000 défunts des nécropoles grecques du territoire de la ville antique de Métaponte montre que la taille moyenne des hommes oscillait entre 1,62 et 1,65 m. La masse des individus ne peut être estimée à partir des ossements, mais les squelettes de l’époque appartenaient à des sujets plutôt menus, loin de la carrure d’un champion de natation. Le port d’un bouclier de plusieurs kilos en déséquilibre sur la gauche du corps n’en devient que plus technique.

Petit mais costaud !

La physiologie et les qualités exceptionnelles de résistance à l’effort de certains hommes sur la planète, habitués parfois depuis leur enfance à effectuer des tâches d’une pénibilité extrême, prouve qu’il n’y a pas besoin d’un gabarit hors norme pour effectuer des prouesses physiques.

Ainsi les mineurs de souffre d’Ijen (Indonésie), les porteurs de l'Himalaya, les populations andines, peuvent marcher et escalader durant des heures en portant l’équivalent d’une machine à laver sur leurs épaules. Les charges des sherpas d’altitude sont par exemple ainsi règlementées : les sacs ne doivent pas dépasser 30 kg entre 5000 et 6000 m et sont limités à 12 kg … au dessus de 8000 m (n'essayez pas de les imiter).

Sur un marché péruvien, cet homme déjà âgé décharge toute la journées des sacs de pommes de terre pesant jusqu'à 100 kg. Un règlement limite pourtant le poids des sacs à 50 kg, mais le gouvernement a du mal à le faire respecter. Il n'est pas rare que des paysans rentrent chez eux en transportant sur leurs épaules et leur dos un ou deux sacs de ce type, totalisant jusqu'à 1,5 x leur propre poids.Source : Adiós a los sacos de papas de más de 50 kilos. Article en ligne de l'agence agraria.pe, du 17/05/2017.

De l’archéologie expérimentale douteuse ?

En réalité, l'étude était prise en charge par le Human Performance Laboratory de l’université d’état de Pennsylvanie, un laboratoire de recherche en physiologie et biomécanique. Son objectif était surtout de tester les performances d’athlètes américains face à une épreuve du Ve s. av. J.-C., moins de réaliser une expérimentation archéologique minutieusement préparée.

Avec le recul des années, on se rend toutefois compte que ce n’est pas si grave. En effet, c’est d’avoir révélé quels efforts énormes étaient demandés au fantassin grec, comparé ce que le français moyen fait aujourd’hui, qui nous rend l’expérience si proche, alors ne boudons pas notre plaisir !

D’ailleurs, d’autres ont réessayé depuis de reproduire un hoplitodromos, c'est-à-dire une course en armure : c’est le cas des membres de l’association australienne The Ancient Hoplitikon of Melbourne Inc. Comme on le voit sur cette vidéo de 2010, ce n’est pas encore complètement concluant au niveau des performances. L’intention est de participer…

La ligne de départ de l'hoplitodromos de Melbourne (2010), par The Ancient Hoplitikon of Melbourne Inc. Capture écran de la vidéo disponible en ligne. Cliquez sur l'image pour lancer la vidéo. La course commence à 2 mn 40 s.

Les ressources à votre disposition



Pour en savoir plus sur l’évolution de l’armement grec et sur l’équipement des hoplites :
- O. Penguilly l'Haridon 1862 : Notice sur les armes grecques, Revue Archéologique, Nouvelle Série, Vol. 5 (Janvier à Juin 1862), p. 171-180. En ligne- Anderson J. K. 1999 : Equipement hoplitique et armes offensives. Dans : Brulé P., Oulhen J. dir. :Armées et sociétés de la Grèce classique. Paris :Errance, 1999,p. 111-112.- Brulé P., Oulhen J. dir. 1999 : La guerre en Grèce à l'époque classique. Rennes : PUR, 1999, 368 p.- Payen P. 2018 : La guerre dans le monde grec: VIIIe-Ier siècles av. J.-C. Paris : Armand Colin, 2018, 352 p.- Sabin P., van Wees H., Whitby M. ed. 2007 :The Cambridge History of Greek and Roman Warfare.Volume I: Greece, the Hellenistic world and the rise of Rome. Cambridge / New York : Cambridge UniversityPress, 2007, 663 p.(sur le poids et la taille du bouclier des hoplites, voir p. 113)- Des illustrations un peu anciennes mais toujours efficaces : Connolly P. 1981 : Histoire de l’armée grecque. Paris : Hachette, 1981, 76 p. (trouvable dans les bibliothèques municipales)- Sur les mouvements de la phalange grecque, regardez cette vidéo (9mn) d’un groupe grec de reconstitution historique, que j’ai trouvé très bien faite.

Deux associations de reconstitution historique dédiées au monde grec :
- Les Koryvantes (des Grecs, des vrais !) : leur site et leur blog. Ils présentent des vidéos sur YouTube- The Ancient Hoplitikon of Melbourne Inc.

Pour voir deux autres exemples de hoplitodromoi (courses en armes) sur vases grecs :
- La coupe attique de Vulci (vers 480 av. J.-C) exposée au British Museum, avec sa notice explicative- L’amphore attique de Vulci(vers 550 av. J.-C.), exposée au StaatlicheAntikensammlungen (Munich). Notice présentée par E. Sani, sur Flickr.

Pour en savoir plus sur la mort du soldat de Marathon :
Cabanac M., Bonniot-Cabanac M.-C. 1997 : De quoi serait mort le coureur de Marathon ? Médecine/Sciences, 1997, 13, p. 838-842. Téléchargeable ici au format pdf.

Rapide revue de presse sur les capacités physiques hors du commun de certaines populations actuelles :
- Herzberg N. 2016 : Les techniques des porteurs africains et népalais décryptées par des scientifiques, Le Monde, archives en ligne du 18/11/2016.- Sur les sherpas accompagnant les expéditions d’alpinisme dans l’Himalaya, sur le site de l’ARDPH : porteurshimalaya.org- Sur les mineurs indonésiens d’Ijen, lisez le très beau (et dur) reportage photo sur Arte.tv.
Pour les plus acharnés !
- La description de la charge de Marathon par Hérodote. Hérodote : L’ Enquête, livre VI : Erato, 112. Traduction en français ici sur le site Remacle.com.- L’article à la source de l’étude (la revue est en accès restreint sur Internet) : Donlan W., Thompson J. 1976 : The charge of Marathon : Herodotus, 6 : 12, Classical Journal, 71-4, p. 339-343.- Pour en savoir plus sur les défunts de la nécropole de Métaponte (cité grecque d’Italie du Sud) : Schwartz A. 2013 : Large Weapons, Small Greeks : The Practical Limitations of Hoplite Weapons and Equipment. Dans : Kagan D., Viggiano G. F., eds. 2013 : Men of Bronze: Hoplite Warfare in Ancient Greece. Princeton : Princeton University Press, 2013, p. 157-175. (Livre disponible en accès restreint sur Jstor.org)