La beauté féminine, une très longue histoire
L'évolution des formes idéales, au fil des millénaires
Raconté pour vous par Cécile, le 06 mars 2022 - temps de lecture : 5 mn
Quand ? Paléolithique supérieur, Néolithique, Âge du Bronze, Antiquité, Moyen Âge
Où ? France, Malte, Autriche, Bulgarie, République tchèque, Grèce, Italie, Inde, Cambodge, Chine
A l’occasion de la Journée de la Femme, le 08 mars, et dans une inspiration bodypositive, voici un florilège de silhouettes féminines issues du passé, aussi belles que différentes.
De quoi rappeler que les conceptions de la beauté féminine ont beaucoup évoluées au fil des millénaires et des cultures.
Par contre, impossible de dire qu’il n’y a jamais eu de diktats de la beauté… snif !
Toutes ces représentations de corps féminins rappellent aussi que ces statues, gravures et peintures sont toujours une expression visuelle de la place de la Femme dans les sociétés, celle qu’on lui laisse, ou celle dont elle s’empare…
Car ce qui évolue dans le temps, à travers cette galerie de portraits, ce ne sont en fait pas les corps réels des femmes de chaque époque, mais les regards portés sur eux par la société à laquelle elles appartiennent.
1. Opulence des formes et assiette maigre
Il ne faisait pas bon être svelte au Paléolithique supérieur si on voulait s’attirer des regards appréciateurs ! On connaît ces critères de beauté par les nombreuses statuettes et représentations peintes et sculptées de femmes aux silhouettes pour le moins charnues, mises au jour partout en Europe : fessier, ventre et cuisses très rebondis, poitrine énorme et lourde (on rappelle au passage qu’il ne saurait en être autrement, au naturel, sans chirurgie).
Pour autant, ce n’était pas forcément une morphologie facile à atteindre… à l’époque !
Rappelons que la disponibilité de la nourriture au Paléolithique ne portait guère vers l’obésité.
La génétique et le niveau de vie devaient en favoriser certaines, mais, comme de nos jours avec la minceur, la grande majorité devait regarder de loin ces modèles de beauté.
Image du corps et pression sociale : même combat pour les femmes à 40 000 ans d’écart… même si l’idéal des proportions à bien changé !
Sur les statuettes du Néolithique, il y 10 000 à 4 000 ans, les proportions des corps féminins restent pour le moins généreuses !
Pourtant, un peu partout, au cours du Néolithique, les morphologies de certaines statues évoluent : le haut du corps s'amincit, mais les hanches et un fessier très larges restaient un idéal.
Et finalement, reportées à des silhouettes réalistes, on n'est pas si loin de morphologies de femmes réelles, et très jolies !
2. Les athlètes de l'âge du Bronze
Voilà en revanche des corps que peu de femmes peuvent se vanter d’avoir au naturel : longues jambes musclées, épaules bien découplées, taille fine, dos droit, fesses rebondies, les femmes de l’âge du Bronze, autour de la mer Égée, semblent avoir eu des physiques d’heptathloniennes olympiques !
Ce qui est surtout beau à voir, c’est que ces femmes de la culture minoenne (vers 2500 vers 1200 av. n. ère) sont représentées dans des postures actives : elles dansent, elles marchent, elles cueillent du safran. Leurs corps toniques et ultra féminins en même temps, tout en courbes, respirent la santé.
Après, c’est sûr qu’on se promène moins volontiers les seins à l’air au XXIe s… mais les proportions idéales de l’époque sont un peu les mêmes que de nos jours.
On retrouve aussi ces silhouettes à la fois rondes et fermes, à la taille et aux articulations très fines, dans d’autres cultures et à d’autres époques, comme dans l'Asie indouiste, durant ce qui correspond à notre Moyen Âge européen : ce sont les proportions des divinités féminines et des apsaras (danseuses sacrées) d’Inde, que l’on admire aussi sur les sculptures des très célèbres temples d’Angkor Vat, au Cambodge.
3. Femme... mais pas trop non plus ?
L’exacerbation des caractères morphologiques typiquement féminin (seins très proéminants, taille très fine, épaules étroites, hanches et cuisses rondes) n’a cependant pas été tout le temps la norme.
Pour exemple, les célébrissimes statues de marbres grecques et romaines, qui mettent en avant des corps très éloignés de ces représentations.
A côté des Minoennes, les corps féminins de l’art grec classique (à partir du Ve s. av. n. ère), puis de l’art romain, ont comme fondu : les courbes de la poitrine et des fesses s’effacent, la taille et les hanches sont moins marquées, les articulations sont plus épaisses.
On dirait que les marqueurs spécifiques de la féminité s’estompent, pour faire place à des corps à la fois androgynes et très doux, presqu'un peu mous.
Cela n’empêche pas de reconnaître que ces femmes sont vraiment très belles, mais il a fallu un sacré bouleversement culturel et social pour passer du modèle de la Déesse aux serpents à celle de la Vénus de Milo… un peu du même genre que celui qui nous a fait passer, au cours du XXe s., de l’idéal d’un corps charnu et un peu gras à un corps mince et musclé en l’espace de quelques décennies.
Mais l’injonction à avoir un corps tonique, signe de bonne santé, existait déjà à l’époque romaine, comme en témoigne l’extraordinaire mosaïque de la villa del Casale, à Piazza Armerina (Sicile, IVe s. de n. ère) : course à pied, fitness, athlétisme, sports collectifs, se maintenir en forme passait aussi par le sport à l’époque !
4. Une beauté à couper le souffle
C’est une idée encore très répandue : il faut souffrir pour être belle !
De nos jours, cela s’applique surtout au fait de devoir faire du sport et de s’épiler les jambes.
Mais il a existé des tortures bien pires dans le passé, tous continents et époques confondus !
L’élément de contrainte qu’on connaît le mieux en France, parce qu’il était encore en usage il n’y a pas si longtemps, c’est l’affreux corset, capable de faire passer un tour de taille standard de 70 cm à 45 cm, c’est-à-dire celui d’une fillette de 6 ans.
Les poumons et l’abdomen étant en permanence comprimés, les porteuses de corsets ne pouvaient pas pratiquer d’activité physique, et souffraient de nombreux désagréments intestinaux et stomacaux.
Curieusement, la pratique compte encore quelques fans de nos jours…
5. Le triste pied du Lotus
Mais le corset, c’était de la gnognotte à côté des pieds bandés, une pratique qui s’apparente vraiment à la fabrication d’un handicap moteur irréversible. Rappelons que, dans cette ancienne coutume chinoise, l’idée était d’obtenir l’impression de très très petits pieds pointus, en forme de pétale de fleur de lotus. L’idéal était de pouvoir se glisser dans des chaussures de 10 cm de long.
Évidemment, tout ça n’était qu’illusion : les pieds ne faisaient jamais 10 cm de long ! Seule la pointe, remodelée, du pied rentrait dans le minuscule chausson. Le reste des os, compressés et empilés plus haut, était caché par les bandages et les amples pantalons et tuniques, qui ne laissaient dépasser que la chaussure.
L’opération était mise en place vers 4-6 ans, âge où les os sont encore cartilagineux. Les orteils étaient repliés sous le pied, tandis que le coup-de-pied était comprimé pour être rapproché du talon, donnant à l’ensemble le profil d’un sabot.
En archéologie, les squelettes de femmes aux pieds bandés sont assez faciles à reconnaître (quand les pieds sont conservés, évidemment), car les os, ne pouvant se développer normalement, sont déformés de manière caractéristique.
Largement diffusé à partir du XIIIe s., le bandage des pieds des fillettes a finalement été interdit en 1912, puis à nouveau lors de la révolution de 1949, ouf !
Les femmes adultes aux pieds bandés, hélas, ont continué à souffrir jusqu’à leur mort, car la déformation est irréparable, même avec la chirurgie moderne.
Quelques unes de ces femmes, qui ont eu les pieds bandés dans les années 1930 et 1940, sont encore vivantes.
Pour conclure, regardez plus attentivement chacune des œuvres d’art que j’ai sélectionnées : elles sont toutes remarquables parce que l’on comprend, sans aucune hésitation possible, que les artistes ont voulu célébrer le principe de féminité.
De chaque statue, de chaque peinture, se dégage une manière différente de célébrer la beauté et la vie. Les morphologies qu’elles mettent en valeur, on les apprécie personnellement ou pas, c’est une question de culture et de tolérance à la différence.
Lourds mais énergiques, athlétiques et souples, doux et un peu mous, frêles et délicats, tous ces corps incarnent une vision de la beauté et de l’idéal féminin propre à une époque et une culture, et il n’est toujours facile de comprendre les symboles qu’ils incarnaient.
Mais il n’en reste pas moins que ces corps féminins expriment la richesse et la diversité du monde, et ça, c’est universel !