L'Espagne en 8 sites archéologiques ... et un bonus !
Raconté pour vous par Cécile, le 22 juillet 2021 - temps de lecture : 3 mn
Quand ? d'environ 35 000 ans avant le présent à 1600 de notre ère - Où ? Partout en Espagne
Pas facile de ne sélectionner que quelques sites dans un pays aussi grand et aussi riche que l’Espagne !
Un sacré défi, que nous avons relevé en choisissant des sites emblématiques des grandes périodes de l’histoire ancienne de ce beau pays.
Particularité cette semaine : pas de château ! on fait plus ancien.
1. Merveille du Paléolithique : la grotte d'Altamira
Oui, bien sûr, nous avons déjà parlé de ce site dans notre vidéo « L’art pariétal, qu'est-ce que c'est ? », mais c’est un incontournable de l’archéologie préhistorique, la Lascaux espagnole ! D’aucun trouve que les peintures y sont même encore plus belles que dans les plus célèbres grottes de France. En deux mots, qu’y voit-on ?
A Altamira (Cantabrie), inutile de scruter les parois, les œuvres se trouvent au plafond. Celui de la grande salle est ainsi orné d’animaux géants (le plus grand mesure 2,25 m de long) dans un style hyperréaliste.
On repère des chevaux, des sangliers, des cervidés, mais surtout d’extraordinaires bisons, et des signes géométriques.
Comme à Lascaux, l’original de cette grotte merveilleuse, dont les peintures sont datées entre 36 500 et 13 000 ans avant le présent, est fermé au public, mais sa réplique, intégrée au musée, est saisissante !
En quoi ces représentations se distinguent-elles des autres ? L’une des plus grandes différences est que la plupart des pelages sont peints en relief, et de plusieurs couleurs, de manière à renforcer les contours intérieurs des membres et des muscles.
Le relief est encore accentué par l’intégration habile dans les compositions du modelé naturel du plafond de la grotte.
Enfin, plusieurs animaux sont représentés dans des positions inhabituelles, comme les célèbres bisons couchés, renforçant encore le côté hyperréaliste.
2. Le mégalithisme ibérique : les dolmens d'Antequera
Comme on vous l’a déjà présenté dans la vidéo « Un dolmen, qu’est-ce que c’est ? », il n’y a bien évidemment pas qu’en Bretagne et à Stonehenge qu’a fleuri le mégalithisme ! L’Espagne et le Portugal comptent des dolmens, menhirs et cromlechs parmi les plus imposants d’Europe.
En Andalousie, c’est le cas du complexe d’Antequera, qui rassemble 3 édifices remarquables, âgés entre 4 500 et 3 800 ans, remarquables témoignages des pratiques funéraires du Néolithique et de l’âge du Bronze.
Le colossal dolmen de Menga est recouvert par un tumulus de 50 m de diamètre. Sa couverture de dalles monumentales de plus de 180 t. était si lourde que le plafond de la chambre funéraire a été renforcé par d’élégants piliers centraux. Un rarissime puits de lumière dans ce plafond éclairait l’intérieur de cette grande sépulture collective.
Le grand tumulus voisin de Viera est tout en longueur.
On s'enfonce sous le tertre géant par un étroit corridor (à l'origine couvert), donnant accès à un très long couloir souterrain, aboutissant à une petite chambre funéraire quadrangulaire fermée par une porte sculptée.
A quelques centaines de mètres, la tholos de El Romeral est enfin un étonnant tumulus dont les deux chambres funéraires en enfilades étaient circulaires et dotées de coupoles, élevées en petits blocs de pierre, au lieu d’un plafond plat à couverture de dalles.
Le nom grec de tholos a été donné parce que les découvreurs trouvaient que l'architecture conique de la chambre funéraire ressemblait aux tombeaux de l'époque mycénienne. Il n'y a évidemment aucun rapport culturel entre les deux civilisations, qui n'ont par ailleurs pas existé à la même période.
3. Une princesse ibère des Ve-IVe s. av. J.-C. : la Dame d'Elche
Le magnifique portrait de la Dame d’Elche est un buste sculpté, dans un style hyperréaliste, d’une femme de l’aristocratie ibère de la région d’Alicante (Communauté valencienne), qui a vécu il y a environ 2 500 ans.
Presque grandeur nature, l’œuvre est remarquable par la finesse de la réalisation, la pureté des traits de la Dame et les incroyables détails de sa parure complexe, composée de superposition de colliers, de diadèmes de perles et d’extraordinaires roues, placées de chaque côté de son visage, façon princesse Léia protohistorique.
On ne sait pas exactement qui est cette femme. Les comparaisons avec d’autres statues du même type (comme la spectaculaire Dame de Baza, siégeant sur son trône), et les découvertes archéologiques de sépultures de la même période, permettent de comprendre qu’elle appartenait à la classe dominante de l’un des peuples ibères qui occupaient cette partie de la péninsule, aux côtés des Grecs et des Carthaginois sur la côte méditerranéenne, et des populations celtes et celtibères du nord et de l’intérieur des terres.
4. La ville grecque d'Ampurias / Empúries
Le littoral espagnol a été convoité par toutes les puissances maritimes de Méditerranée. Les Étrusques y nouèrent ainsi des réseaux d’échange avec les populations celtes et ibères dès le VIIe s. av. J.-C. (voir notre article « Les étrusques et leurs voisins »).
Vers 580 av. J.-C., faisant la jonction avec les colonies déjà implantées le long du littoral languedocien et provençal, ce sont les Grecs qui ont ensuite cherché à s’installer sur la côte. Ils ne voulaient pas conquérir de vastes régions, mais implanter des comptoirs marchands, qui prenaient la forme de villes-colonies, comme c’est, en France, le cas de Marseille.
Ampurias (Catalogne) est leur comptoir le plus méridional. Il s’agit bien d’une place d’échange : le nom grec de la ville est Emporion, littéralement « le marché ».
Ces ensembles de ruines magnifiques sont très bien conservés.
5. La ville romaine de Baelo Claudia
Après les populations du Néolithique, les Ibères et les Grecs, voici le temps des Romains. Et à Baelo Claudia (Andalousie), c’est toute une ville que l’on peut visiter, ce n’est pas si fréquent ! Le site est particulièrement exceptionnel, parce qu’il donne sur la plage, petit bonus !
La richesse de cette ville du Ier s. ap. J.-C. était due à ses usines de salaisons de poissons, qui tournaient à plein régime. On retrouve ainsi les vestiges des cuves dans lesquelles les chairs de poissons étaient mises à macérer, le grand marché central, et le port, où étaient entreposés les milliers d’amphores pleines de saumures, prêtes pour l’exportation.
Une ville industrielle, en somme.
Autre particularité insolite : des tremblements de terre ont endommagé la ville au IIe et au IIIe s. Il en reste de nombreuses fissures dans les murs et des sols un peu gondolés.
La ville perdit en importance au cours du IVe s., mais une vie urbaine subsista à l’époque wisigothique, jusqu’à son abandon définitif, au VIIe s.
6. Le mausolée de Centcelles
Encore des Romains, encore une villa me direz-vous ! Oui, mais pas n’importe laquelle : vous pouvez admirer dans les vestiges de celle de Centcelles (Catalogne) un décor exceptionnel : un très rare ensemble de peinture et mosaïque murales chrétiennes du IVe s., c'est-à-dire de la fin de l’Antiquité.
Cet extraordinaire décor orne toujours la coupole d’une immense salle carrée encore conservée sur intégralité de sa hauteur.
On ne sait pas très bien quelle était la fonction de cette pièce. Il pourrait s’agir du hall d’accueil d’une villa du IIe s., reconvertie en mausolée au IVe s. après son abandon partiel, ou du moins son remaniement complet. Les thermes de la villa du IIe s. sont d’ailleurs visitables juste à coté.
Le mélange culturel entre motifs chrétiens et motifs profanes fait toute l’originalité de la composition.
Les mosaïques représentent des scènes de chasse, des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament, enfin les quatre saisons personnifiées, dans un style typique de l’époque romaine tardive.
7. Une ville wisigothique : Recópolis
On l’oublie très souvent, mais l’Espagne a été un immense royaume wisigothique, au Haut Moyen Âge, entre le Ve et le VIIIe s.
Oui oui, les Wisigoths de l’époque des « Grandes Invasions », qui venaient de l’actuelle Allemagne et se sont d’abord installés en Aquitaine, au Ve s., avant d’en être chassés par les Francs.
La capitale du royaume wisigoth, qui était à Toulouse, a alors été transférée à Tolède.
A 150 km de la Tolède, le site de Recópolis (Castilla la Mancha) est exceptionnel parce qu’il s’agit de l’unique ville de fondation wisigothique de toute l’Europe !
Sortie de terre en 578 ap. J.-C., son plan particulier reflète les conceptions de la vie urbaine des Wisigoths d’Espagne.
La visite virtuelle du site vous donnera une bonne idée de l’ampleur du site et des principaux monuments conservés, dont la basilique et le très étonnant palais, composé au rez-de-chaussée de trois très longues salles en enfilade.
On est très loin de l’architecture romaine et des châteaux médiévaux : exotisme garanti !
8. L'art du califat de Cordoue : la mezquita Cristo de la Luz
Situé dans Tolède (Castilla la Mancha), ce chef d’œuvre de raffinement architectural, plusieurs fois reconverti, est un excellent condensé de l’histoire médiévale de l’Espagne !
Il s’agit à l’origine d’une mosquée (mezquita) fondée en 999 (c’est précis !), dans le plus pur style arabo-andalou.
L’édifice portait le nom de la porte voisine d’entrée dans Tolède : Bab Al-Mardum.
La ville était un grand centre politique et économique arabe, depuis son enlèvement aux Wisigoths, en 711.
La mosquée originelle est un petit bâtiment carré de 8 m de côté surmonté de coupoles.
La ville fut prise par les troupes du roi Alphonse VI en 1085.
En 1187, la mosquée fut convertie en église, et pris le nom de Cristo de la Luz.
C’est de cette période que date l’abside orientale, rajoutée toutefois dans le même style architectural que le reste du bâtiment.
Décors islamiques et chrétiens se côtoient toujours dans ce bel édifice composite.
A l'intérieur, les peintures du Christ en gloire entouré des anges et des Apôtres côtoient ainsi les entrelacs des calligraphies musulmanes, dans une architecture toute en arcs brisés outrepassés et fines colonnes, typiques de l'art arabo-andalou.
9. En bonus : découvrez ou redécouvrez Las Médulas
Ce site exceptionnel des Asturies fait l’objet d’un petit bonus.
Nous l’avons en effet déjà présenté dans une visite virtuelle détaillée (Las Médulas, l’or des Romains).
Il reste cependant à nos yeux un site trop méconnu, par rapport à son originalité et ce que ces mines épouvantables racontent des prouesses de l’ingénierie romaine et de l’avidité des Hommes.
Nous n’hésitons donc pas à vous proposer de le (re)découvrir !