Archéologie du vote

Raconté pour vous par Cécile, le 04 novembre2020 - temps de lecture : 5 mn

Décidément octobre-novembre est une saison d’élections ! Présidentielles américaines, bien sûr, mais aussi, en octobre, élections présidentielles en Bolivie, en Côte d’Ivoire et en Guinée, au Tajikistan et au Kirghizistan. Les Etats-Unis porte leur système démocratique en étendard, bien que leur mode de scrutin et leurs pratiques électorales assez compliqués soient très différent des nôtres.

Mais l’avènement du vote remonte beaucoup plus loin dans le temps. Il concerne des époques et des populations très diverses et … loin d’être toujours démocratiques !

1. Voter à Athènes

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Jetons de vote athéniens (musée de l'Agora) - crédits : Carousel image

La démocratie serait née à Athènes au Ve s. av. J.-C., c’est bien connu ! De fait, en effet, même si le corps électoral était très réduit par rapport à la population totale de la cité (seuls les hommes libres, adultes et de parents athéniens votaient, soit environ un tiers de la population), il est vrai qu’il existait une forme de suffrage direct, pour la prise des décisions collectives (finances, législation, politique extérieure et intérieure), pour juger au tribunal et pour l’élection de certains magistrats, les autres étant tirés au sort.

En tant que citoyen, participer à la vie politique était en théorie obligatoire et très prenant : il y avait en effet pas moins de 40 réunions programmées par an, sans compter les sessions extraordinaires. Dans l’idéal, un bon citoyen aurait passé toutes ses journées sur l’agora, la grande place publique, à débattre et se tenir au courant des détails des dernières affaires !

Il nous reste de cette ardeur politique les vestiges des splendides édifices dédiés à l’accueil des citoyens et les sièges des différentes assemblées et des différents pouvoirs. C’est ainsi que sont parvenus jusqu’à nous l’exotique bouleutérion, le prytanée ou l’héliée. De leur activité de votants compulsifs, les Athéniens de l’Antiquité nous ont aussi laissé des milliers de jetons de vote ! Les deux catégories principales étaient les pièces en forme de toupie servant à voter au tribunal (de 2 formes, pour choisir entre « oui » et « non » ou « coupable / non coupable ») et les jetons d’ostracisme (les ostraka), des morceaux de poterie sur lesquels étaient inscrits les noms des citoyens dont on votait le bannissement.

2. Voter à Rome

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On l’oublie souvent : avant d’être un immense empire, Rome a été une république pendant pas moins de 500 ans ! Les Romains votaient pour élire leurs représentants dans différentes assemblées, l’ensemble étant chapeauté par le Sénat, la plus puissante des assemblées. L’organisation des institutions était aussi cadrée et rigoureuse que celle des votes. A Rome, il y avait 2 lieux de vote : le comitium, sur le forum, et les saepta. Il s’agissait d’une grande esplanade divisée dans le sens de la longueur en couloirs, aboutissant à une tribune surélevée à laquelle on accédait par un pont amovible. Les votants, préalablement recensés, étaient distribués dans les couloirs de vote et accédaient un par un à la tribune en passant sur la passerelle, qui servait d’isoloir. Ils inscrivaient leur vote sur une tablette de cire faisant office de bulletin, qu’ils déposaient ensuite dans une urne, ou bien utilisaient des billes. Les dépouillements se faisaient dans un bâtiment à l’arrière de l’esplanade, le diribitorium.

Sous l’Empire, on votait encore pour élire les magistrats et édiles municipaux, dans toutes les cités du monde romain. Comme de nos jours, ces élections donnaient lieu à d’âpres compétitions entre candidats ! Principale différence avec l’époque actuelle toutefois, le fait de briguer une charge de magistrat engageait moralement le candidat : une fois élu, il avait l’obligation de remercier la cité en s’acquittant de dons à la population, en offrant des jeux, en faisant construire des édifices publics (thermes, basiliques, théâtres, aqueducs, fontaines, temples …) ou au moins en participant à leur réfection ou leur embellissement. En tant qu’édile, il fallait ainsi tenir son rang et montrer que l’on utilisait sa richesse à des fins collectives.

De très nombreux bâtiments, statues et inscriptions issus de ces pratiques sont parvenus jusqu’à nous : on sait ainsi, par exemple, que l’amphithéâtre de la Croix-Rousse, à Lyon, a été offert par le prêtre d’Auguste Gaius Julius Rufus, originaire de la ville de Saintes et faisant carrière dans la capitale des Gaules, avec son fils et son petit-fils. A Saintes, le même Rufus a d’ailleurs aussi fait ériger à ses frais et à ceux de sa famille le magnifique arc de triomphe encore visible sur la rive de la Charente.

3. Voter chez les Gaulois

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Rouelles de bronze gauloises - crédits : PHGCOM / Public domain, Musée d'Archéologie Nationale

Plusieurs passages de textes anciens montrent que certaines tribus gauloises, celles qui n’étaient pas régies par un système monarchique, votaient pour élire leurs représentants et leurs magistrats, surtout par acclamation ou à main levée. Pourtant, s’inspirant du modèle des couloirs de vote de la Rome républicaine, des archéologues ont récemment proposé d’interpréter comme des installations de vote des vestiges archéologiques gaulois des IIe et Ier s. av. J.-C. qui restaient mystérieux. C’est le cas par exemple des 4 très longs fossés qui séparaient en quarts l’oppidum (agglomération fortifiée) de Villeneuve-Saint-Germain (Aisne), convergeant vers le centre sans se recouper et bordés de galeries ou de barrières. Ces dernières auraient pu servir à délimiter des couloirs de vote, au bout desquels les électeurs jetaient leur bulletin, au croisement des 4 fossés. C’est le cas aussi de vastes enclos séparés en travées par des clôtures internes, retrouvés dans des sanctuaires, comme à Gournay-sur-Aronde (Oise). Chez les Gaulois, l’activité politique revêtait un caractère sacré justifiant la tenue des élections dans les sanctuaires.

Les jetons de vote auraient pu être les rouelles de métal, sorte de miniatures de roues de chariot, retrouvées en dizaines de milliers d’exemplaires dans certaines parties des sanctuaires et villes gauloises.

Si cette hypothèse est séduisante, nous sommes encore très loin d’avoir percé à jour les pratiques électorales gauloises ! Reste en effet encore à comprendre qui votait, et surtout pourquoi et pour quoi votait-on ?

4. Voter chez les Vikings

Le Þingvellir, en Islande, la "plaine du parlement" - crédits : Christofer Michel / CC BY-SA
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Avant de conquérir l’Europe du Nord, puis de fonder des royaumes dynastiques, à partir de la fin du IXe s., les Vikings n’avaient pas vraiment de gouvernements centraux. Ils se répartissaient en chefferies et clans, dirigés par des chefs de guerre et des propriétaires terriens à l’autorité plus ou moins étendue et parfois de courte durée. L’influence de chacun était en effet proportionnelle à son prestige et à sa capacité à enrichir ses partisans et alliés, par des dons ou bien en organisant des raids de pillage. Ainsi en Islande, pourtant peuplée de moins de 25 000 personnes au IXe s., on dénombrait pas moins de 36 chefferies, en compétition permanente les unes avec les autres et en équilibre fragile !

Il existait pourtant une culture, des institutions et des lois communes ! Elles étaient représentées par des assemblées régionales (les things) et une assemblée générale, l’Althing, sorte de parlement en plein air. Les sessions de ces assemblées étaient annuelles ou saisonnières et duraient de 1 à 2 semaines, le temps de pratiquer les rites, d’informer l’ensemble des représentants des principaux événements politiques, militaires et économiques, de régler les litiges portés devant les parlements, de définir les lois et d’obtenir ou valider des accords et transactions entre clans. Les décisions étaient prises par vote, et tout homme libre pouvait voter. Toutefois, il restait un problème de taille dans ce système : rien n’était prévu pour vérifier l’application des lois et des jugements promulgués ! En définitive, les chefs restaient donc assez libres une fois rentrés chez eux …

Ces grandes assemblées se tenaient sur des sites sacrés, en extérieur. Plusieurs things sont connus par l’archéologie en Islande, en Norvège, en Suède et en Grande-Bretagne. Celui de Thingvellir (Þingvellir), en Islande, est sans doute l’un des mieux compris. Etant donné qu’il s’agissait avant tout de grands rassemblements temporaires, il faut se représenter des villages de grandes cabanes et de tentes, organisés autour d’un ou deux points centraux, dont le siège du thing. Il s’agissait d’une sorte d’hémicycle composé d’un espace de parole entouré de 3 rangées concentriques de gradins.

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