Le Top 8

des grands sites archéologiques anéantis ces 40 dernières années

Raconté pour vous par Cécile, le 25 septembre 2020 - temps de lecture : 4 mn

Voici quelques temps que nous pensions à un article sur ce thème des sites archéologiques irrémédiablement détruits, dans un passé récent. Ceux que nous vous présentons ici couvrent l’ensemble de la planète et leur anéantissement résonne des conflits armés actuels, de choix politiques teintés d’idéologie, et d’espoirs de développement économique.

Et nous voilà rattrapés par l’actualité : le 16 septembre 2020, le président de la compagnie minière Rio Tinto a été poussé à la démission pour avoir organisé le dynamitage d’un site archéologique aborigène en Australie-Occidentale ! Ce sera notre point de départ.

Les grottes de Juunkan Gorge, avant / après ! - Crédit : AFP

1. Les grottes de Juukan Gorge (Pilbara, Australie Occidentale)

En mai 2020, l’extension de la mine de fer de Juunkan Gorge, s’est faite au détriment d’un très ancien site archéologique aborigène. L’opération a détruit ou enterré plusieurs abris sous roche sacrés des peuples Puutu Kunti Kurrama et Pinikura, occupés sans discontinuité depuis … 46 000 ans ! Elles abritaient l’une des plus anciennes traces d’occupation du continent australien.

Le permis d’extension de cette mine était toutefois parfaitement en règle. L’entreprise Rio Tinto avait effectivement le droit d’exploiter le site sans étude archéologique préalable … ce qui pose naturellement la question de l’intérêt porté au patrimoine culturel dans cet État australien.

Gauche : 1963 - Crédit : UNESCO, A. Lezine / Copyrighted free use ; Droite : 2008 - Crédit : Carl Montgomery / CC BY

2. Les bouddhas de Bâmiyân (Afghanistan)

La vallée de Bâmiyân est une destination touristique prisée des Afghans. Jusqu’en 2001, les touristes venaient admirer les deux statues de bodhisattvas taillées dans la falaise, hautes de 38 et 55 mètres, typiques de l’art irano-bouddhique du VIe s. Les 8 et 9 mars 2001, sous les caméras de télévision, les Talibans au pouvoir ont fait exploser les deux statues, n’en laissant que des gravas.

Opération hautement symbolique, la destruction des Bouddhas de Bâmiyân est devenue l’incarnation des politiques d’oblitération des patrimoines culturels préislamiques mises en place par les Talibans. Elle en est la plus médiatique, mais de nombreuses autres œuvres d’art ont aussi été consciencieusement démolies.

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3. Le barrage des Trois-Gorges (Hubei, Chine)

Mis en service en 2009, après plus de 15 ans de travaux, le barrage sur le Yangzi Jiang (Yang-Tsé-Kiang) est le plus grand du monde. Sa construction a entraîné le déplacement de plus d’1 million de personnes, et la submersion, sous 175 m d’eau, de plusieurs villes et de centaines de villages … mais aussi de quelques 1300 sites archéologiques et monuments historiques caractéristiques de la culture particulière de cette région du centre de la Chine.

Certains sites sacrés, notamment des temples, statues et gravures, ont été démontés et déplacés dans des « parcs culturels » regroupant ce que le gouvernement central de Pékin estime représentatif des coutumes et pratiques locales.

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4. Palmyre la magnifique (province de Homs, Syrie)

Au cœur de la Syrie, la splendide ville romaine de Palmyre a été prise par Daesh à l’été 2015. Dans le cadre de sa politique de suppression systématique des biens culturels non conformes à leur vision de l’Islam, mais aussi à titre de propagande, le site a été détruit par les bombes, après l’exécution publique de l’ancien conservateur en chef. Le très célèbre temple de Baal a été entièrement rasé.

Dans la région, Palmyre n’est pas la seule à avoir subit les outrages des dynamitages de Daesh : c’est aussi le cas des villes antiques de Doura-Europos, Apamée, Mari, ainsi que de nombreux monastères de la fin de l’Antiquité. En Irak, Ninive, Hatra ou encore Nimrod ont également été démolies, mais aussi de très anciennes mosquées. La mise en scène des destructions des sites emblématiques ne doit pas faire perdre de vue qu’une grande partie des vestiges et des collections des musées a en réalité été vendue pour financer le mouvement terroriste.

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5. L’affaire du Dakota Access Pipeline (Dakota du Nord et Illinois, États-Unis)

Projet très controversé, l’oléoduc de la société Dakota Access a été mis en service en 2017, après 3 ans de construction émaillés d’actions d’opposition au chantier. La cause ? Le pipeline longe la Réserve indienne de Standing Rock, et menace l’intégrité de plusieurs sites archéologiques de la Grande nation Sioux, dont des espaces funéraires et des lacs sacrés – ces derniers alimentant en outre la Réserve en eau potable.

En janvier 2017, pour faire enfin aboutir le projet, la Garde Nationale du Dakota du Nord fit déployer des lances-missiles en direction du camp de contestataires de Standing Rock. En dépit des protestations et manifestations, l’oléoduc a bien été achevé et est entré en fonction. Il accuse des fuites régulières depuis, polluant en effet l’environnement alentour.

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6. Zeugma, la cité engloutie (Anatolie du Sud-Est, Turquie)

Décidée en 1990, la construction du grand barrage de Birecik, sur l’Euphrate, impliquait la submersion d’une vingtaine de sites archéologiques, dont la très belle ville antique de Séleucie-Zeugma, grand port fluvial grec, puis romain. Contrairement aux cas présentés plus haut, toutefois, l’opération s’est faite en concertation avec le ministère de la Culture turc, et le site a pu être fouillé à l’occasion de plusieurs campagnes internationales entre et 1996 et 2000.

Lors de la mise en eau du barrage, en 2000, les photographies de l’eau inondant progressivement les vestiges sont devenues célèbres. De nombreuses œuvres d’art et éléments architecturaux ont été prélevés, mais il n’était pas possible de conserver une ville deux fois grande comme Pompéi ! Les restes de Séleucie-Zeugma reposent maintenant sous plusieurs mètres d’eau.

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7. Les mausolées de Tombouctou (Mali)

Tombouctou, connue aussi sous le nom de « cité des 333 saints », fut la capitale d’un très vaste empire et connut son apogée aux XVe et XVIe s. Elle est célèbre pour sa remarquable architecture de terre crue, dont les 3 grandes mosquées et les 16 mausolées inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco en sont les représentants les plus spectaculaires.

En 2012, le groupe jihadiste armé Ansar Dine, installé dans la capitale malienne, détruisit à la pioche 14 des 16 mausolées classés abritant les dépouilles de saints hommes… et abritant aussi de nombreux ouvrages anciens de sciences, de philosophie et de théologie, les fameux « manuscrits de Tombouctou ». Plusieurs mausolées ont été reconstruits ces dernières années, preuve de la résilience du peuple malien, fier de ses origines et de sa culture.

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8. La controverse de « Wood quay », la disparition du port viking de Dublin (Irlande)

Il y a tout juste 42 ans, le 23 septembre 1978, une manifestation a rassemblé 20 000 personnes contre la construction, sur le port de Dublin, des nouveaux bureaux du conseil municipal à Wood Quay. Nommée « Save Wood Quay », ce mouvement de contestation a mis en exergue le fort sentiment d’attachement des Dublinois au passé de leur ville et à leur histoire collective.

Il s’agissait en effet d’empêcher la destruction du port viking de la ville, à l’architecture de bois exceptionnellement bien conservée. Les bulldozers avaient déjà commencé à détruire le site au moment des manifestations. En dépit de l’importance des protestations scientifiques et de l’intérêt majeur du site, les travaux n’ont pas été arrêtés. Les archéologues ont toutefois pu fouiller les terrains encore non affectés par les travaux, révélant progressivement l’incroyable richesse du passé médiéval de Dublin. Ce malheur a été paradoxalement le point de départ de la structuration de l’archéologie de sauvetage en Irlande.

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